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Relations fragilisées : ce qui s’est silencieusement déplacé depuis le COVID

  • Photo du rédacteur: sabrina nicolo
    sabrina nicolo
  • 31 janv.
  • 3 min de lecture

En ce début de 2026, une question revient souvent. Elle ne se formule pas toujours clairement, mais elle est là, en arrière‑plan : nos relations se sont‑elles vraiment remises de la période COVID ? Pas dans les apparences, pas dans le fait de se revoir ou de se parler à nouveau, mais dans la profondeur du lien.


Beaucoup ressentent que quelque chose a changé. Sans conflit majeur. Sans rupture franche. Une distance s’est installée, parfois discrète, parfois pesante. Les relations continuent, mais autrement. Avec moins de spontanéité. Moins de sécurité. Moins de cette évidence qui faisait autrefois tenir le lien sans effort.


Ce ressenti traverse toutes les sphères. Les couples. Les familles. Les amitiés. Et aussi les enfants et les adolescents, souvent très connectés mais parfois peu reliés, présents en réseau mais en difficulté dans la rencontre réelle. Chacun semble composer avec ses propres fragilités, souvent sans mots pour les dire.


La période du COVID a mis les relations sous tension sur un temps long. Peur, incertitude, solitude, injonctions, adaptations constantes. Certains liens se sont renforcés. D’autres se sont fragilisés. Non pas forcément à cause de désaccords visibles, mais parce que la confiance, le sentiment de sécurité et la liberté d’être soi ont été mis à l’épreuve.

Dans de nombreux couples et familles, les divergences ont touché à des repères profonds : la façon de se protéger, de faire confiance, de donner du sens à ce qui arrivait. Quand ces repères ne sont plus partagés, le lien peut s’effriter, même quand l’attachement est toujours là.


On observe le même mouvement dans les amitiés. Des liens anciens qui s’espacent. Des échanges qui restent cordiaux, mais moins nourrissants. Non par indifférence, mais souvent par fatigue, par désajustement, par manque d’élan.


Avec le temps, les émotions les plus vives se sont apaisées. Ce qui reste chez beaucoup, c’est un chagrin discret. Celui de relations qui ne sont plus tout à fait les mêmes, sans avoir été réellement perdues. Un deuil difficile à reconnaître, parce qu’il ne s’accompagne ni de rupture claire, ni de conflit ouvert.


Dans le même temps, de nouveaux liens ont parfois émergé. Des relations plus simples, plus alignées avec ce que chacun est devenu. Cela ne remplace pas ce qui a été perdu, mais cela rappelle que le lien reste vivant, même lorsqu’il se transforme.


C’est dans ce contexte que mon rôle de conseillère conjugale et familiale prend tout son sens. Aujourd’hui, j’accompagne de nombreuses personnes qui ne viennent pas parce que « tout va mal », mais parce que quelque chose ne circule plus. Des couples qui tiennent, mais sans se rejoindre vraiment. Des familles qui fonctionnent, mais sans se sentir proches. Des relations maintenues, mais fragilisées.


Le travail ne consiste pas à réparer à tout prix, ni à revenir à ce qui était avant. Il s’agit souvent de remettre de la parole là où le silence s’est installé, de reconnaître les blessures sans chercher à désigner des torts, et d’accepter que le lien puisse évoluer sans forcément disparaître.


Toutes les relations ne se réparent pas. Et toutes n’ont pas besoin de l’être de la même manière. Parfois, le lien change de forme. Parfois, il demande du temps. Parfois, il a simplement besoin d’être regardé avec honnêteté et douceur.


Nous ne sommes probablement pas faits pour vivre durablement dans l’éloignement. Mais réparer nos relations ne passera sans doute pas par un retour en arrière. Peut‑être par une manière plus consciente, plus humble, plus vivante d’être en lien.


La question reste ouverte : comment continuer à prendre soin du lien, quand il est devenu fragile ?


C’est souvent là que le travail commence.

 
 
 

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Sabrina Nicolo - Octobre 2024

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