“Toxique” : quand un mot en dit long sur nos relations
- sabrina nicolo
- 2 févr.
- 4 min de lecture

On entend partout le mot toxique. Une personne toxique, une relation toxique, parfois même un parent toxique. Mais que veut vraiment dire ce mot et qu’est-ce qu’il révèle sur nos relations, sur notre couple, sur notre famille, et sur nous-mêmes ?
Dans ma pratique de conseillère conjugale et familiale, je vois combien ce mot peut être libérateur. Il permet de poser des limites, de prendre du recul et de reconnaître une souffrance que l’on n’osait pas nommer. Il rassure, parce qu’il donne un mot à ce que l’on ressent. Mais il peut aussi être piégeux. Réduire les relations à des catégories simples de bon ou de mauvais fait oublier la complexité des comportements. Tout le monde peut, à certains moments, avoir des réactions blessantes. Et parfois, ce mot nous empêche de regarder ce qui se joue réellement dans la relation.
Se protéger ou se fermer ?
Dire qu’une relation est toxique peut protéger. Mais il peut aussi isoler. On peut juger trop vite et oublier notre part dans la dynamique. Nos réactions peuvent blesser sans que nous nous en rendions compte. Si nous ne prenons pas le temps de comprendre, nous risquons de nous enfermer dans le filtre du jugement. Les recherches montrent que la solitude augmente dans nos sociétés modernes. Alors la question se pose : jusqu’où se protéger sans se couper du lien humain ?
Dans le couple : ce que ça change
Dans le couple, qualifier quelqu’un de toxique peut créer un clivage qui empêche le dialogue. La peur d’être blessé ou jugé peut pousser chacun à se refermer émotionnellement. Cela peut réduire l’intimité et amplifier la spirale des critiques. Un partenaire qui se sent constamment étiqueté peut réagir par la colère, le retrait ou la défense, ce qui nourrit le sentiment de toxicité. En consultation, j’observe souvent que ce mot est utilisé pour justifier la distance ou la rupture plutôt que pour comprendre et rééquilibrer la relation.
Dans la famille : les rôles et l’équilibre
Dans la famille, le mot toxique peut polariser. Les enfants observent comment les adultes jugent les autres et peuvent apprendre à percevoir les relations comme menaçantes. Les familles peuvent se fragmenter, certains membres se sentant obligés de “choisir un camp”. Dans les familles recomposées, ce phénomène est encore plus complexe, car l’étiquette peut empêcher le dialogue et la construction de liens positifs.
L’impact sur les enfants
Si nous regardons constamment les autres comme dangereux ou toxiques, que transmettons-nous à nos enfants ? Ils peuvent apprendre à se méfier, à juger rapidement et à limiter leur capacité à créer des liens. La manière dont un parent perçoit les autres influence la capacité de l’enfant à gérer les conflits et à construire des relations solides. En catégorisant trop vite, nous risquons de leur transmettre une vision du monde anxiogène, qui protège autant qu’elle limite.

La régulation des émotions et la confiance
L’usage du mot toxique influence notre gestion des émotions. Il peut amplifier l’anxiété et la méfiance, et pousser à l’évitement systématique. Pourtant, certaines confrontations ou discussions difficiles pourraient être bénéfiques. Dans mon accompagnement, je propose toujours de décrire les comportements et leurs impacts, plutôt que de classer la personne. Cela permet de se protéger tout en restant ouvert aux liens humains.
Un effet miroir : ce que cela dit de nous
Le mot toxique nous renvoie aussi à nous-mêmes. Il révèle ce que nous tolérons difficilement, ce qui nous fait souffrir et ce que nous jugeons. Cela peut être l’occasion de prendre conscience de nos propres limites et de notre manière de nous relier aux autres, plutôt que de simplement pointer l’autre du doigt.
Une société sous tension
Le phénomène reflète un contexte social. Nous vivons dans une société où le bien-être personnel est central, mais où les relations deviennent de plus en plus filtrées et calculées. Nous cherchons à protéger notre équilibre à tout prix et nous craignons parfois l’autre au point de réduire nos relations à des interactions superficielles ou virtuelles. Cette tendance soulève une question : comment construire des liens durables et authentiques dans un monde qui valorise la protection individuelle ?
Questionner plutôt que trancher
En tant que thérapeute, mon regard est clair : il ne s’agit pas de classer les gens, mais de regarder ce qui se joue dans la relation. Quels comportements me font souffrir ? Sont-ils répétés et destructeurs ? Quelle est ma part dans cette dynamique ? Jusqu’où puis-je me protéger sans me fermer aux autres ? Nommer la toxicité peut aider à se protéger, mais cela ne doit jamais fermer la porte à la réflexion, à la nuance et aux relations humaines.
Et vous ?
Comment prenez-vous soin de vous tout en gardant la capacité de vous relier aux autres, de comprendre et de dialoguer, même lorsque les relations sont difficiles ? Peut-être que la vraie liberté ne vient pas seulement de se protéger, mais de regarder avec attention ce qui se joue, sans juger trop vite et avec bienveillance envers soi et envers l’autre.



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